
🇺🇦 UKRAINE – voyage réalisé en juin 2021
Чорнобиль

J’ai profité de mon séjour à Kyiv pour visiter l’un des lieux les plus tristement célèbres d’Ukraine : Tchernobyl. L’ancienne centrale et ses environs, lieu de la pire catastrophe nucléaire civile de l’histoire, font aujourd’hui partie des visites « classiques » en Ukraine. Un lieu de mémoire plus qu’un site touristique, qui permet de comprendre cette tragédie.
Évidemment, pas question de se balader en solo sur les lieux. Les visites se font uniquement en tour organisé depuis la capitale. Plus de détails plus bas.
DANS CET ARTICLE
EN ROUTE VERS LA ZONE D’EXCLUSION
дорогою до зони відчуження
La journée commence par un rendez-vous tôt le matin sur la place de l’Indépendance à Kyiv. La plupart des participants au tour aujourd’hui sont Russes ou Ukrainiens. Une fois au complet, notre minibus part en direction de la zone d’exclusion autour de la centrale.
ALLER À TCHERNOBYL, C’EST DANGEREUX ?
Si vous cherchez une réponse courte : non.
Pour une réponse un peu plus développée : les zones ouvertes au public sont surveillées et les niveaux de radiation y sont généralement bas. Le vrai danger existe surtout si on sort des règles : quitter les chemins, toucher des objets, consommer des baies ou rester longtemps dans des zones contaminées. En écoutant son guide, l’exposition reste très limitée, inférieure à la dose reçue lors d’un vol transatlantique par exemple.

⚠️ Ces informations sont pertinentes pour ma visite en juin 2021, avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Pendant le trajet, un film est projeté dans le bus sur la catastrophe de Tchernobyl. Assez daté et en russe non sous-titré, autant dire que je suis plongé directement dans le grand bain de l’époque.

Après deux bonnes heures de route, on arrive au checkpoint de Dytiatky, qui marque l’entrée du secteur de Tchernobyl. Après un rapide contrôle de sécurité, nous voilà officiellement dans la zone d’exclusion.
🔎 ZOOM SUR – la catastrophe de Tchernobyl ☢️
Le 26 avril 1986, un test de sécurité mal préparé entraîne un emballement incontrôlé du 4e réacteur de la centrale nucléaire, qui finit par exploser. Un immense panache radioactif invisible se retrouve projeté dans l’atmosphère.
Immédiatement, les équipes de secours sont envoyées sur place. Pompiers et « liquidateurs » se retrouvent en première ligne pour combattre l’incendie qui fait rage, sans protections adaptées au niveau terrifiant de radiations auxquelles ils sont exposés. Plusieurs décéderont dans les semaines qui suivent, d’irradiation aiguë aux rayons gammas, et des milliers développeront plus tard des cancers.
Du côté des autorités soviétiques, la priorité est de minimiser l’évènement à l’intérieur et de le cacher aux yeux de l’extérieur. La décision d’évacuer Prip’yat, pourtant située à moins de 5 km de la centrale, n’est prise que 36 heures après l’accident.
À l’extérieur, l’URSS maintient le silence total. C’est finalement en Suède, à des milliers de kilomètres de là, que le nuage radioactif est détecté, forçant les Soviétiques à admettre la réalité de l’accident.
Aujourd’hui, plusieurs milliers de kilomètres carrés font toujours partie de la « zone d’exclusion ». Vu la proximité de la frontière et la direction des vents suite à l’accident, elle s’étend à cheval entre l’Ukraine et la Biélorussie.

ZALISSYA
Залісся
On marque notre premier arrêt dans le village abandonné de Zalissya. Suite à la catastrophe, des dizaines de communautés comme celle-ci ont été évacuées de force. Trente-cinq ans plus tard, la nature y a repris ses droits.

Quelques anciens résidents seraient cependant revenus y vivre secrètement. De notre côté, on se balade respectueusement entre les bâtiments abandonnés, comme la maison de la culture.

Difficile de se figurer ce qu’ont dû vivre les habitants de ces villages. Devoir tout abandonner du jour au lendemain, sans vraie information et face à un danger aussi terrifiant qu’invisible.
TCHORNOBYL
Чорнобиль
On rejoint ensuite la ville de Tchernobyl elle-même, ou Tchornobyl de son nom ukrainien. Celle qui a donné son nom à la centrale, et donc à la catastrophe, est aujourd’hui la seule ville officiellement habitée de la zone d’exclusion. Elle sert aujourd’hui de base pour les travailleurs de la zone d’exclusion, ingénieurs et forces de sécurité.

Dans l’ancien centre-ville, deux monuments rendent hommage aux victimes de la catastrophe. L’un commémore les pompiers et liquidateurs, envoyés en première ligne et qui ont « sauvé le monde ». L’autre rappelle la mémoire des dizaines de villages évacués autour de la centrale.


Là encore, on pénètre dans quelques bâtiments abandonnés. Toujours cette même impression étrange de rentrer dans l’intimité de communautés disparues et effacées.

AUTOUR DE LA CENTRALE
Навколо електростанції
On reprend ensuite la route, pour marquer un bref arrêt face à la centrale nucléaire elle-même. Sur les ruines du réacteur n°4, les autorités soviétiques ont fait construire un premier sarcophage, aujourd’hui surmonté d’une immense arche métallique de confinement, achevée en 2016.

Le plus fou dans l’histoire ? La centrale a continué à produire de l’électricité sur ses autres réacteurs jusqu’en 2000, année où les autorités ukrainiennes ont finalement pris la décision de l’arrêter pour de bon.
PRYP’IAT
Прип’ять
On termine cette journée en visitant Pryp’iat, la ville la plus proche de la catastrophe. À l’ouverture de la centrale en 1977, c’était une ville soviétique « modèle », pour y loger ses glorieux travailleurs.

Après l’évacuation, le temps s’y est arrêté, à la fois en pleine URSS et en plein milieu des années 1980. Entre la végétation, les bâtiments de béton tiennent encore debout, du moins pour l’instant. Étrange de découvrir à quoi ressemblerait une ville, pas si différente des nôtres, abandonnée du jour au lendemain et rendue à la nature. Comme si notre espèce avait disparu.

Beaucoup de photos d’urbex dans différents lieux de Pryp’iat circulent sur Internet : piscine, intérieur des appartements. Pas très légal ni très safe, certains bâtiments commençant à tomber en ruine. Sans compter le risque de tomber sur un hotspot de radiations. Bref, à éviter.

De notre côté, on reste sur les itinéraires balisés. On conclut notre visite de Pryp’iat par sa fête foraine, avec sa grande roue immobile et ses auto-tamponneuses figées dans le temps et la végétation.

Avant de reprendre la route de Kyiv, on marque un rapide arrêt face au radar Duga-1. Pryp’iat était sous l’URSS une atomograd, une ville fermée au sein d’une zone militaire. À l’abri des regards, d’autres activités secrètes s’y déroulaient alors. D’où cet énorme radar, appartenant au dispositif anti-missiles du bloc soviétique. Aujourd’hui, il prend la rouille comme le reste.

C’est l’heure de quitter la zone de Tchernobyl. On rejoint le checkpoint, où chacun passe à travers une machine digne d’un film de SF pour vérifier notre niveau de radiations. Rien de particulier à signaler, tout le monde peut sagement rentrer !
CÔTÉ PRATIQUE
🚌 Rejoindre Tchernobyl
La journée à Tchernobyl est l’excursion la plus proposée par les agences au départ de Kyiv. Il semble que, malgré la guerre, elle le soit toujours. Je suis passé par Trips-to-Chernobyl, qui la propose tous les jours pour 99 $ US.
Deux heures de route plus tard, on est de retour à Kyiv. Une journée riche en émotions mais surtout en questionnements, face à la tragédie des lieux.



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