
🇪🇸 ESPAGNE – voyage réalisé en mai 2026

Je quitte Séville pour rejoindre le port de Huelva, sur la côte atlantique. La ville est généralement laissée à l’écart des itinéraires touristiques en Andalousie. Il est vrai qu’en termes de visites, elle tient difficilement la comparaison avec ses voisines.
Néanmoins, les environs de la ville ont tenu un rôle majeur dans l’histoire. C’est ici que s’est jouée la « découverte » des Amériques par Christophe Colomb. Entre le monastère où il résidait et le port d’où il est parti, c’est l’occasion pour s’immerger dans cette période fascinante.
DANS CET ARTICLE
HUELVA
Mon arrivée à Huelva aura été plutôt étonnante. Tout juste descendu du train, je tombe sur un cortège bariolé ! Dans une ambiance festive et pleine de belles tenues andalouses, on promène une icône de la Vierge Marie ; tandis que des familles défilent en carrioles tirées par des chevaux, des mulets ou même des tracteurs.

Après m’être renseigné, il s’agit de préparatifs pour le pèlerinage de la Virgen del Rocío. Le plus grand pèlerinage d’Espagne, qui attire chaque année des milliers de fidèles vers le village du même nom au moment de la Pentecôte. Disons que je ne m’attendais vraiment pas à tomber sur une telle animation tout juste arrivé à Huelva !

Je me balade ensuite rapidement dans le centre de Huelva, avant l’horrible chaleur de l’après-midi. Même si on est loin de la monumentalité de Séville que je viens de quitter, la ville est plutôt agréable.

Elle ne me retient néanmoins pas plus longtemps que ça, mais ce n’est de toutes façons pas elle qui m’a attiré jusqu’ici. Je suis surtout venu explorer les Lugares Colombinos, les villages alentours de Moguer, Palos de la Frontera et La Rábida, qui ont joué un rôle majeur dans l’épopée de la découverte des Amériques.
PALOS DE LA FRONTERA
En fin d’après-midi, je rejoins donc le village de Palos de la Frontera, à une vingtaine de minutes en bus. D’un blanc éclatant, ce village typiquement andalou a fourni à la première expédition de Colomb nombre de marins pour ses trois caravelles : la Santa María, la Niña et la Pinta.

Si c’est bien l’amiral génois qui commandait la première, les deux autres avaient pour capitaine deux enfants du village : les frères Vicente Yáñez et Martín Alonso Pinzon. Un petit musée y retrace aujourd’hui leur parcours. Fermé le jour de mon passage, je n’ai pas pu le visiter et me contente du symbole qu’il représente.

En 1492, une branche aujourd’hui asséchée du Río Tinto coulait juste en contrebas de Palos. C’est de là que sont parties les trois caravelles de Christophe Colomb, quittant l’Espagne et rejoignant l’Atlantique pour voguer vers l’inconnu…

🔎 ZOOM SUR – la « découverte » des Amériques
A priori, on sait tous que Christophe Colomb a « découvert » l’Amérique en 1492. Évidemment, il n’est pas le premier à arriver là-bas ! Les ancêtres des Amérindiens sont arrivés sur le continent depuis la Sibérie près de 15 000 ans avant J.-C., bien que les théories sur la datation exacte diffèrent.
Durant des millénaires, l’ »Ancien » Monde et le « Nouveau » Monde sont quasi-hermétiquement séparés par les océans. Quasi, car plusieurs brèches ont néanmoins été percées à travers les mers. Les Vikings ont atteint les côtes du Canada au Xe siècle, les Polynésiens ont également probablement atteint le Chili. D’autres contacts épisodiques et isolés ne sont pas à exclure, même si rien ne permet encore de le prouver.
Néanmoins, Christophe Colomb est bien le premier dont le voyage tisse un lien durable entre ces deux ensembles et initie un tout nouveau processus historique. En dépit des évènements précédents, on peut donc bien parler de découverte.
Après cette visite, je saute dans le bus vers le village voisin de La Rábida pour poursuivre mon escapade sur les traces de Colomb.
LA RÁBIDA
Le monastère de La Rábida a joué un rôle majeur dans les projets de Colomb. Il y a séjourné à plusieurs reprises entre 1485 et 1492, accueilli par les Franciscains. Génois d’origine, il y apprend le castillan et y trouve un soutien précieux. Les frères réussissent à le mettre en contact avec les Rois Catholiques, Isabelle et Ferdinand, pour plaider son idée d’atteindre les Indes par l’ouest.

Malgré les nombreux groupes qui le visitent, l’ambiance reste très sereine. Il n’est pas bien difficile d’imaginer le quotidien du futur explorateur entre ces murs. Après de longues années, Colomb finit par obtenir l’accord et les fonds nécessaires pour mener à bien son expédition.

Le monastère en lui-même est on ne peut plus andalou. Avec ses murs blancs rehaussés d’orangé et son cloître mudéjar en briques, il vaut tout autant la visite pour son esthétique que pour son histoire.


À l’extérieur, plusieurs petits monuments commémorent la Découverte et l’ »hispanité » partagée entre l’Espagne et les différents pays d’Amérique latine.

Juste en contrebas du monastère, une dernière visite permet de marcher dans les traces de Colomb : le Muelle de las Carabellas, le « port des caravelles ».

Les Espagnols y ont reconstitué à taille réelle les trois navires de sa première expédition. On peut ainsi grimper à bord de la Niña, de la Pinta et de la Santa María. Après cette journée sur les traces du navigateur, c’est l’endroit parfait pour s’imaginer dans sa peau ou celle de ses marins. Un petit film historique complète le tout.

Après cette visite, je retourne à Huelva, très content de mon après-midi. Alors oui, il ne faut pas venir ici en s’attendant à du monument spectaculaire, plutôt une plongée dans l’histoire. La grande histoire de Colomb et la petite des dizaines de marins qui ont pris part à ses expéditions. Une visite qui connecte ce petit coin d’Andalousie au vaste monde.
CÔTÉ PRATIQUE
🚌 Rejoindre Huelva
Peu de trains desservent Huelva chaque jour, principalement depuis/vers Séville. Il faut compter deux heures pour rallier la capitale andalouse. Sinon un train quotidien rejoint Madrid, en passant par Cordoue.
La gare routière, plus proche du centre, offre plus de liaisons provinciales et régionales. On peut aussi rejoindre le Portugal voisin via la ville de Faro, en Algarve.
C’est d’ici qu’on peut rejoindre les Lugares Colombinos. Normalement, un bus part toutes les demi-heures pour La Rábida (15 minutes) et Palos (20 minutes) ; toutes les heures pour pousser jusqu’à Moguer.
Si les caravelles ont depuis longtemps disparu de ses eaux, Huelva a gardé sa vocation maritime. On peut y embarquer pour la seule ligne de ferry reliant l’Espagne continentale aux îles Canaries (Tenerife & Las Palmas).
Après cette étape hors du circuit andalou traditionnel, je repars vers une ville bien plus touristique. Je saute dans un train vers Cordoue, l’ancienne capitale des califes d’Al-Andalus, qui évoque encore cet âge d’or de cohabitation entre musulmans, chrétiens et juifs.



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