
🇮🇷 IRAN – voyage réalisé en juin 2019
تهران

En juin 2019, j’atterris à Téhéran pour trois semaines dans ce pays qui me fascine depuis des années. Première étape de ce voyage, la capitale iranienne est une des plus grandes métropoles du Moyen-Orient.
C’est parti pour découvrir cette ville, en essayant d’aller au-delà de l’image qu’elle donne régulièrement à l’actualité internationale. S’il est impossible de passer à côté de l’emprise du régime et de sa propagande, les attraits touristiques de la ville ne manquent pourtant pas.
DANS CET ARTICLE
LE GOLESTAN ET LE GRAND BAZAR
گلستان و بازار
Je commence ma découverte de la ville en me dirigeant vers le Golestan. Ma première impression est assez étrange, celle d’une ville plutôt endormie. Il faut dire qu’on est vendredi et qu’on sort alors d’un enchaînement de jours fériés pour l’Aïd puis pour l’anniversaire de la mort de Khomeiny donc pas étonnant que la ville soit si calme.

Finalement, je décide d’attraper un taxi pour me rendre au Golestan. Manque de chance, il me conduit dans le quartier de la ville qui porte ce nom, quasiment à l’opposé de la ville. Finalement le malentendu est éclairci et je me fais déposer à bon port.
Ⓜ️ Panzdâh-e Khordâd / پانزده خرداد
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Le palais du Golestan donc, est l’un des principaux monuments historiques de la ville. C’était le palais des shahs (rois) Qadjars, la dynastie qui a régné au XIXe siècle sur le pays, qu’on appelait encore la Perse, et qui a fait de Téhéran sa capitale. Les différents bâtiments du palais mélangent les styles européens et iraniens, avec un goût parfois discutable (les murs en éclats de miroir, on aime ou on déteste).



À proximité immédiate du Golestan je me rends au grand Bazar, un immense dédale de ruelles couvertes, de boutiques ou de mosquées. On estime qu’un tiers des marchandises échangées dans le pays transitent à un moment ou à un autre par ici, Les parties les plus anciennes du bazar datent du XVIe siècle mais sa construction et son extension s’est poursuivie jusqu’au XXe siècle.

Le mot bazar vient du persan. Bien plus qu’un simple marché couvert, un bazar en Iran est souvent le cœur de la ville, et celui de Téhéran n’échappe pas à la règle. Contrairement aux bazars que l’on trouve dans l’autre pays (comme le grand bazar d’İstanbul par exemple), on y trouve de tout et très peu des boutique de souvenirs pour touristes, c’est donc un vrai lieu de vie pour les Téhéranais.



LA TOUR ÂZÂDI
برج آزادی
Ⓜ️ Âzâdi / میدان آزادی
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Emblème de la ville, la tour Âzâdi a été érigée en 1971 sur ordre du shah, dans le cadre des festivités célébrant le 2 500e anniversaire de l’Empire perse. Tout à l’ouest de la ville, au bout du boulevard Enghelab, elle était le premier aperçu de l’Iran pour les passagers arrivant à l’aéroport Mehrabad de Téhéran, avant qu’il ne soit remplacé par l’aéroport Imam Khomeyni, à la sortie sud de la ville et que l’agglomération ne s’étale bien au-delà.

Pour commémorer la grandeur du passé du pays, elle portait à l’origine le nom de Shahyad, « souvenir des rois » en persan. Aujourd’hui, la tour est toujours le symbole de la ville mais comme beaucoup de lieux elle a été renommée après la révolution. Ironiquement, Âzâdi, qui signifie « liberté » en persan, est devenu le mot cristallisant les revendications de la population contre le régime des mollahs.


DANS LES RUES DE TÉHÉRAN
در خیابانهای تهران
Téhéran n’est devenue la capitale de l’Iran qu’au XIXe siècle. On n’y trouve donc que peu de bâtiments anciens, contrairement à d’autres villes iraniennes, mais beaucoup de grandes avenues et de bâtiments modernes.



En me baladant dans les rues de Téhéran, je me prends une dose de propagande du régime comme nulle part ailleurs en Iran. De nombreuses fresques ou affiches à la gloire du régime et de sa lutte contre ses ennemis jurés que sont le « Grand Satan » (les États-Unis) et le « Petit Satan » (Israël) tapissent les murs de la ville.




L’EX-AMBASSADE AMÉRICAINE
métro : Taleghani / طالقانی
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Quitte à m’abreuver de propagande pour la République islamique, autant plonger en plein dedans en allant visiter un lieu emblématique de la révolution qui a mis fin au règne du shah en 1979 : l’ancienne ambassade des États-Unis. Les Iraniens l’ont officiellement renommée « le nid d’espions des USA » et c’est l’un des lieux les plus insolites et incontournables à visiter à Téhéran.

Suite au renversement de la monarchie, les jeunes révolutionnaires ont pris en otage les 52 membres du personnel de l’ambassade, avec le soutien tacite de Khomeyni. C’est l’histoire qui est racontée, bien que fortement hollywoodisée, dans le film Argo. Les Iraniens reprochent aux États-Unis leur soutien au régime du shah et leurs tentatives pour étouffer la révolution mais aussi le coup d’État organisé par la CIA en 1953 pour renverser le premier ministre élu, Mohammad Mossadegh, et ramener le shah au pouvoir.


La visite, obligatoirement guidée et à la gloire de la révolution, montre notamment le matériel d’espionnage supposément utiliser par les Américains, toujours dans son jus des années 1970 et revient abondamment sur les diverses ingérences, réelles ou supposées, des États-Unis (et d’Israël au passage tant qu’à faire) à travers le monde.

Le ressentiment profond des Iraniens envers les États-Unis qui s’est exprimé en 1979 peut s’expliquer en partie par le coup d’État mis en place par la CIA en 1953 dans le pays. Le premier ministre élu, Mohammad Mossadegh, promettait de redistribuer l’argent du pétrole au peuple iranien plutôt qu’aux multinationales occidentales. Malgré son immense soutien populaire, il est renversé par l’armée, soutenue par les États-Unis et le Royaume-Uni. Le shah revient au pouvoir et Mossadegh sera assigné à résidence jusqu’à la fin de sa vie.
LE PONT TABIAT
پل طبیعت
métro : Shahid Haghani / شهید حقانی
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Ouvert en 2014, ce pont piétonnier est devenu l’un des lieux emblématiques de Téhéran. Enjambant l’une des nombreuses autoroutes urbaines de la ville, il offre une vue superbe sur les quartiers aisés du nord de la ville mais surtout sur l’Elbourz, la chaîne de montagnes qui domine Téhéran à près de 4000 m d’altitude, que les riches Téhéranais vont dévaler à skis pendant l’hiver.


En sortant de la station de métro Shahid Haqqani, qui conduit au pont, on passe devant un autre lieu à la gloire du régime : le musée de la Défense sacrée, le nom par lequel le régime désigne la guerre contre l’Irak. Je n’ai pas visité le musée en lui-même mais le jardin qui l’entoure est décoré de matériel militaire de cette époque : avions, chars, missiles, etc… Drôle d’ambiance.

LES MUSÉES DE TÉHÉRAN
métro : Imam Khomeini / امام خمینی
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Les deux principaux musées de Téhéran, qui permettent de survoler la riche histoire iranienne, sont situés côte à côte à quelques rues du Golestan.
Le musée national d’Iran couvre l’histoire du pays depuis la préhistoire jusqu’à la fin de la dynastie sassanide au VIIe siècle, soit plusieurs millénaires où l’austère plateau iranien a donné naissance à l’un des plus grands empires de l’histoire, l’empire perse. À leur apogée, les Perses contrôlaient un territoire gigantesque qui s’étendait de l’Égypte à l’Inde.



Juste à côté, le musée islamique reprend chronologiquement là où le précédent arrête ses collections : l’arrivée des armées arabes et la conversion du pays à l’islam, jusqu’aux Qadjars du XIXe siècle. Corans enluminés, céramiques diverses, mihrabs (niche d’une mosquée indiquant la direction de la Mecque) viennent témoigner du foisonnement artistique de l’Iran à travers les siècles.



Non loin, rue Ferdowsi, le musée du Trésor mérite aussi la visite. Dans ce lieu hyper-sécurisé (sacs à dos, appareils photo et téléphones strictement interdits), la banque nationale iranienne expose l’ensemble des joyaux accumulés par les shahs iraniens depuis le XVIe siècle. Une collection composée de centaines de bijoux, d’armes ou encore de couronnes, tout en or et pierres précieuses… Le tout pour une valeur inestimable.

CÔTÉ PRATIQUE
🚏 Se déplacer dans Téhéran
La ville est extrêmement étendue, rien d’étonnant pour une agglomération de près de 15 millions d’habitants. Heureusement, les sept lignes de métro forment un réseau pratique à parcourir pour rejoindre les différents points d’intérêt et les taxis sont extrêmement bon marché.

Voilà pour ce retour sur ces trois jours à Téhéran. Même si la propagande du régime peut sembler omniprésente (plus que n’importe ou ailleurs en Iran), la ville est aussi celle qui abrite les franges les plus progressistes, ouvertes et contestataires de la société iranienne. Une bonne introduction au pays dans tous ses contrastes en somme. Quant à moi, je poursuis ma découverte de l’Iran en partant pour Qazvin et la vallée d’Alamut.



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