
🇮🇷 IRAN – voyage réalisé en juin 2019
اصفهان

Après Kashan, je suis arrivé à Ispahan, en plein centre de l’Iran, pour y passer quatre jours bien remplis, à explorer ses mosquées, ses quartiers, son bazar et tout simplement à flâner dans cette ville exceptionnelle.
Pourquoi la moitié du monde au fait ? En persan, la ville d’Ispahan a été affublée de ce surnom poétique, nesf-e jahân en version originale. Il faut dire que l’ancienne capitale de l’Iran sous la dynastie safavide possède effectivement des monuments parmi les beaux somptueux du monde islamique.
DANS CET ARTICLE
LA PLACE NAQSH-E JAHÂN
میدان نقش جهان
Tout juste arrivé à Ispahan, je file droit vers la place Naqsh-e Jahân, le coeur historique de la ville. Je traverse le bazar sans trop le regarder, avec une seule idée en tête : voir enfin ce lien qui m’a tant fait rêver.
À peine arrivé en ville, je me dirige vers la place Naqsh-e Jahân, le cœur historique d’Ispahan. Le centre de cet immense rectangle, l’une des plus grandes places au monde, est couvert de pelouses et de fontaines, et chacun de ses côtés est bordé d’arcades en briques entourant un monument majeur.

Au sud, c’est la splendide mosquée de l’Imam, qui a perdu son nom de mosquée du Shah après la révolution islamique, qui attire tous les regards, avec son pishtâq (porche d’entrée) flanqué de deux minarets tout en nuances de bleu. Sûrement la plus belle mosquée de tout l’Iran à mon humble avis.

Je passe le pishtaq pour m’engouffrer dans le couloir qui relie l’entrée à la cour principale, en pivotant à 45° pour passer de l’alignement de la place à celui de la mosquée en elle-même, tournée vers La Mecque. Cette cour est flanquée de quatre iwâns (salles voûtées ouvertes), soit le plan classique d’une mosquée iranienne. Je prends plaisir à déambuler un moment sous les arcades séculaires, en observant les différents détails du monument. Tellement de décors aux milles nuances de bleu que je ne sais plus où donner de la tête !




Sous l’une des arcades un mollah, parfaitement anglophone, est présent pour discuter avec les visiteurs étrangers et leur faire l’éloge de la république islamique. De la propagande mais avec le sourire en plus, pourquoi pas. Sous une autre arcade, un artiste propose gracieusement aux touristes de leur écrire leur nom en calligraphie arabe.

Du côté ouest de la place se dresse le palais Ali Qapu, érigé par Shah Abbâs Ier, le grand bâtisseur de la ville. Depuis sa haute terrasse, on a l’une des meilleures vues sur la place en contrebas.


Face à lui, côté est, c’est la mosquée du Sheikh Lotfollah. Sa face tout en céramiques bleutées vient s’insérer harmonieusement entre les arcades de la place.

L’intérieur est magnifique, la répétition des formes géométriques le rendant presque hypnotisant. Le sommet du talent des artistes et architectes d’Iran.

Enfin au nord, la porte Qeysarie donne sur le bazar. Sur la gauche, un petit musée / café est à ne pas manquer si on cherche une vue surplombante sur l’ensemble de la place et sur les allées animées en contrebas.


LE BAZAR ET LA MOSQUÉE DU VENDREDI
بازار و مسجد جامع
Comme partout en Iran, le grand bazar de la ville est l’endroit le plus animé et le plus authentique. Un lieu où je suis passé et repassé de nombreuses fois au cours de mon séjour, me perdant dans ses allées, repérant divers détails ou simplement discutant avec les commerçants.


À l’autre bout du bazar, la mosquée du Vendredi (masjed-e Jâme’) est l’un des plus anciens monuments d’Ispahan. Construite sous la dynastie seldjoukide au Xe siècle, soit près de sept siècles avant la période safavide, elle a ensuite été remanié par les souverains au fil du temps.

Là encore on retrouve le même plan que dans la mosquée de l’Imam : une vaste cour rectangulaire impressionnante et ses quatre iwans ; le plus décoré étant toujours celui tourné vers La Mecque.


L’ensemble est assez grand et je passe un bon moment à en explorer les recoins et en découvrir les détails artistiques.

TCHEHEL SOTUN ET SI-O SE POL
چهل ستون و سیوسه پل
Un peu à l’écart de la place Naqsh-e Jahân, le Tchehel Sotun (« palais aux quarante colonnes ») et le Si-o Se Pol (« pont aux trente-trois arches ») sont deux monuments qui méritent le détour.
Le Si-o Se Pol relie les rives nord et sud de la Zayandeh Rud, la rivière qui traverse Ispahan. Enfin, qui traverse, c’est un bien grand mot : aujourd’hui, elle asséchée la majorité de l’année. En 2021, cette situation écologique catastrophique pour le centre de l’Iran était déjà le moteur de contestations importantes contre le régime. Par chance, de l’eau coulait quand j’ai visité Ispahan

Le pont s’anime surtout au coucher du soleil, quand les Ispahanais viennent s’y retrouver et qu’une lumière dorée baigne ses vieilles pierres. Certains traversent la rivière directement à pied, d’autres jouent au bonneteau sur le pont même pour gagner quelques milliers de rials.
Le Tchehel Sotun est quant à lui un pavillon richement décoré, qui servait de lieu de couronnement et de réceptions officielles pour les shahs safavides. Aujourd’hui, certaines de ses peintures raffinées sont exposées au Louvre. Les plus attentifs remarqueront qu’il ne compte que vingt colonnes;

Les plus attentifs remarqueront que le palais ne compte que vingt colonnes au lieu des quarante prévues, alors où sont-elles passées ? Subtils, les Iraniens comptent non seulement les colonnes mais aussi leur reflet dans le bassin juste devant : il y en a donc bien quarante.

LES QUARTIERS ARMÉNIEN ET JUIF
محلهٔ ارمنی و محلهٔ یهودی
On ne le sait pas forcément mais, sur les plans culturels et religieux, l’Iran est un pays d’une grande diversité. Toute la population parle persan mais une partie seulement est ethniquement persane. Les autres sont Azéris, Kurdes, Turkmènes, Baloutches, Arabes, etc… Et si l’islam chiite est la religion dominante, le pays compte encore des minorités sunnites, zoroastriennes, chrétiennes arméniennes ou assyro-chaldéennes et juives. Mis à part les sunnites, chaque communauté religieuse a un siège garanti au Majles (le parlement iranien) par la constitution du pays. À Ispahan, j’ai pu visiter …
Les Arméniens sont arrivés à Ispahan au XVIe siècle, sous l’impulsion de Shah Abbas qui a fort démocratiquement proposé à la communauté arménienne de Jolfa (aujourd’hui à la frontière avec l’Azerbaïdjan), réputée pour ses artisans, de déménager à Ispahan pour participer à l’embellissement de sa capitale.

La rive sud de la Zayandeh Rud, de l’autre côté du pont Si-o Se, abrite toujours le quartier de la « Nouvelle Jolfa » où vivent les descendants de ces Arméniens exilés. Ce quartier tranquille a été fondé autour de la cathédrale Vank (aussi appelée cathédrale Saint-Sauveur), magnifiquement décorée dans le style arménien. On peut la visiter sans souci, c’est même l’un des sites les plus touristiques d’Ispahan.

Autour d’elle je visite aussi les deux musées qui l’entourent. Le premier est consacré à l’histoire et à la culture arménienne, avec notamment de nombreux manuscrits enluminés ; tandis que le second traite le sujet encore douloureux du génocide de 1915.
Quant aux Juifs d’Ispahan, ils ne sont plus que quelques centaines aujourd’hui, la majorité étant partis après 1979. Malgré l’état de conflit permanent entre la république islamique et Israël, l’Iran abrite aujourd’hui encore une communauté juive de plusieurs milliers de personnes, la deuxième du Moyen-Orient derrière la Turquie.

Les synagogues de l’ancien quartier juif d’Ispahan, au nord du bazar, sont aujourd’hui fermées par manque de fidèles. Même sans pouvoir y entrer, on les reconnaît facilement à leur dôme caractéristique et surtout à leurs inscriptions en hébreu sur la façade.

La seule encore en activité aujourd’hui est la synagogue Golbahâr. Je tiens ici à remercier chaleureusement Leah, universitaire spécialiste des juifs de sa ville, qui a eu la gentillesse de me guider sur les traces de la communauté d’Ispahan.

Ces quatre jours à Ispahan s’achèvent par un dernier soir sur la place Naqsh-e Jahân, à profiter de la douceur de la ville.

Si Ispahan est réellement la moitié du monde, alors on peut donc dire qu’il me reste à présent plus qu’à explorer l’autre moitié ! Cette exploration continue à travers l’Iran puisque je me rends ensuite dans la superbe ville de Yazd, aux portes du désert (article à venir).




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