
🇹🇷 TURQUIE – voyage réalisé en juin 2022

D’İstanbul, deux heures de vol décidées sur un coup de tête m’emmènent à Mardin, tout au sud-est de la Turquie. Perchée sur sa colline, la ville aux pierres couleur miel offre une vue imprenable sur la plaine de Mésopotamie en contrebas.
Située entre le Tigre et l’Euphrate, tous les peuples du Moyen-Orient semblent s’y être donné rendez-vous : Turcs, Arabes de Syrie, Assyriens, Kurdes, … un vrai creuset ! Pour couronner le tout, la ville est ultra photogénique. Il fait bon se balader dans ses ruelles et y découvrir ses mosquées, ses églises et son souk, vieux de plusieurs siècles…
DANS CET ARTICLE
LA VILLE DE MARDİN
Même si je n’ai pas changé de pays, Mardin me fait un vrai choc culturel en arrivant d’İstanbul. La ville domine l’immense plaine mésopotamienne et la frontière syrienne n’est qu’à quelques kilomètres. Les pierres couleur miel, l’architecture des mosquées, l’ambiance générale de la ville : tout est clairement moyen-oriental ici.

Mes premiers pas en ville me mènent vers la mosquée Şehidiye. Toute en pierre, son architecture évoque clairement les mosquées de Syrie ou de Jérusalem.


Je me balade ensuite rapidement dans le souk de la ville, dominé par le minaret très reconnaissable d’Ulu Camii, la grande mosquée de la ville.

Cette mosquée date du XIIe siècle, époque où la dynastie artuqide régnait depuis Mardin sur la région environnante. L’entrée est libre mais pour quelques lires on peut accéder au toit et profiter d’une vue imprenable sur la ville.


D’autres vestiges médiévaux sont disséminés au hasard des ruelles de la ville. De mon côté, je me dirige vers la place principale, dominée par l’ancienne forteresse de la ville sur son éperon rocheux.

Sur la place, je visite rapidement le musée de Mardin, qui rassemble des objets variés retraçant la longue histoire de la ville et des cultures différentes qui s’y sont croisées.

Au sommet de la colline sur laquelle est perchée la ville, les ruines du château de Mardin ne se visitent pas car occupées par une base de l’armée turque dans cette région sensible. En revanche, les sentiers qui serpentent autour du sommet sont accessibles.

En fin d’après-midi, c’est là que je me pose pour profiter de la vue sur la cascade de maisons et de mosquées en contrebas. Le panorama est saisissant, entre les dômes et minarets qui s’élance du fouillis de maison au premier plan puis les plaines de Mésopotamie qui semblent s’étendre à l’infini au-delà de la frontière syrienne.


En retournant vers le vieux centre, je tombe par hasard sur le musée Mardin Yaşayan, un tout petit musée situé dans une ancienne maison traditionnelle. Il présente les traditions et l’artisanat de cette région et de ses différents peuples.

L’ensemble de l’équipe qui gère le musée a à cœur de faire partager la richesse de leur ville. Un musicien entame un air traditionnel de reyhani, Derya me parle de la culture kurde et Meti l’artisan syriaque montre son travail en m’apprenant quelques mots d’araméen. Bref, de beau moments d’échanges !

En sortant du musée, je passe devant la petite église chaldéenne Mar Hirmiz, dont les portes sont alors ouvertes aux visiteurs. Visite plutôt émouvante dans l’une des dernières traces de cette communauté qui disparaît peu à peu.



C’est sur le toit d’un restaurant que je termine ce premier jour à Mardin, à l’heure où le soleil se couche et l’appel à la prière retentit du haut des minarets. Un très beau spectacle pour conclure cette journée.

LE MONASTÈRE DE MOR HANANYO
Le lendemain, je pars explorer l’un des sites intéressants des environs de Mardin : le monastère de Mor Hananyo, appelé aussi Deirulzafaran.

La région au-delà de Mardin porte le nom de Tur Abdin, la « montagnes des serviteurs de Dieu » en araméen. C’est l’un des foyers du peuple assyrien, communauté chrétienne qui utilise toujours la langue syriaque, descendant de l’araméen que parlait Jésus, pour leurs offices religieux. Beaucoup ont aujourd’hui quitté le Proche-Orient mais quelques centaines de fidèles font encore perdurer la communauté et certains monastères sont toujours en activité et visitables.

En l’absence de bus, c’est à pied que je suis la route menant au monastère. La marche dure une petite heure, traversant au passage champs et villages et profitant d’une belle vue sur la ville accrochée à sa colline. Pas vraiment de difficulté, à condition d’emporter de l’eau et de se couvrir, le soleil tape fort.

Une fois arrivé, la visite s’effectue obligatoirement guidée en groupe, à intervalles réguliers et, sauf exception, uniquement en turc. Mon niveau sommaire dans cette langue ne me permet malheureusement pas de suivre les explications données.

De ce que j’ai pu récupérer comme informations, les parties les plus anciennes du monastère dateraient du Ve siècle. Quelques moines y vivent encore aujourd’hui.
En reprenant le chemin de Mardin, un conducteur s’arrête spontanément pour me déposer. C’est déjà l’heure de quitter la ville mais pour un premier contact avec le sud-est de la Turquie, on peut dire que je suis séduit. Sans même changer de pays, je suis passé en quelques heures d’une métropole européenne tentaculaire comme Istanbul à une région profondément ancrée dans un Moyen-Orient millénaire.
CÔTÉ PRATIQUE
Rejoindre Mardin
Mardin est bien reliée par bus aux principales villes de la région comme Urfa, Batman ou Diyarbakır, et les trajets sont relativement courts (2-3h). Plusieurs compagnies rallient aussi le Kurdistan irakien (Duhok, Erbil, Suleymaniye) en quelques heures.
La gare routière, à l’extérieur de la ville, est desservi par des bus depuis le centre. Elle est divisée en deux terminaux : un pour les liaisons locales et l’autres pour les bus hors de la province de Mardin.
Par contre, il faut compter plusieurs dizaines d’heures de bus depuis les grandes villes de l’ouest de la Turquie comme İstanbul, İzmir ou Ankara. À moins d’avoir devant soi beaucoup de temps et de patience, mieux vaut envisager un des vols internes qui desservent l’aéroport régional depuis ces trois villes. Un taxi pour le centre de Mardin revient ensuite à une dizaine d’euros.
Point sécurité
Sur le papier, la proximité de la frontière syrienne n’est pas très rassurante. Le ministère des affaires étrangères français classe tout le sud-est de la Turquie en zone orange, déconseillée aux voyageurs. On y croise en effet peu de touristes occidentaux. Néanmoins la région est sûre, absolument pas une zone de guerre. Elle attire d’ailleurs énormément de touristes turcs venus en week-end depuis les grandes villes. En restant prudent et surtout informé, il est tout à fait possible de découvrir cette ville.
Trois heures de bus, je poursuis ma découverte de cette région avec la ville de Şanlıurfa.




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