TANGER – là où commence le Maroc

🇲🇦 MAROC

C’est à Tanger, posée sur le détroit de Gibraltar que je débute mon deuxième voyage solo au royaume chérifien. Face à l’Espagne, la plus grande ville du nord offre une introduction en douceur au pays. Tout en étant pleinement au Maroc, j’ai pourtant l’impression de n’avoir pas encore tout à fait quitté l’Europe.

Je suis resté deux jours à Tanger, pour découvrir sa médina perchée face à la mer mais aussi la partie moderne de la ville. Sans oublier une excursion le temps d’un après-midi dans la belle ville d’Assilah, le long des flots de l’Atlantique.

Cet article se base sur les souvenirs compilés de plusieurs visites à Tanger, réalisées en 2018, 2023 et 2026.

Après un voyage riche en découvertes en Andalousie, je choisis de conclure mon petit périple de l’autre côté du détroit, à Tanger. Une ville que j’ai déjà visitée plusieurs fois mais que je prends toujours plaisir à redécouvrir.

Le ferry file droit vers la côte marocaine, minuscule par rapport aux immenses porte-conteneurs qui croisent dans ces eaux. On fait tamponner son passeport à bord, ce qui est bien pratique pour ne pas attendre en arrivant. Une fois cette formalité effectuée, l’heure de navigation passe rapidement.

Peu à peu, le Maroc se dessine de plus en plus clairement et je commence à reconnaître la silhouette de Tanger. Après avoir passé plusieurs jours à scruter la côte marocaine depuis Tarifa, je suis enfin de retour !

Au petit matin, je pars me balader au hasard des ruelles blanches de la médina. À cette heure, l’ambiance est encore tranquille pour quelques heures. Généralement, les villes marocaines ne commencent à s’animer qu’en milieu de matinée.

les toits de la médina

Grosso modo, la médina de Tanger se divise en deux : la partie basse, avec les souks et l’essentiel des monuments ; et la partie haute, plus résidentielle et dominée par la Kasbah.

La partie basse de la médina s’étend autour de la rue Siaghine qui la traverse. Si vous arrivez de la ville moderne, vous entrerez probablement par là.

Le long de cette artère principale, on trouve surtout des boutiques de souvenirs et de contrefaçons diverses. Mais se dressent encore quelques traces fanées du passé multiculturel de Tanger, comme son église espagnole.

Je visite aussi le flambant neuf musée Dar Niaba. Ouvert en 2022, il revient à la fois sur l’histoire de Tanger et sur celle des relations qu’entretient depuis des siècles le Maroc avec le monde.

En arrivant vers le bout de la rue se dresse le minaret et les tuiles vertes de la grande mosquée de Tanger ; ainsi que le promontoire de Borj Dar El Hajoul, dominant le port.

Borj Dar El Hajoul
la grande mosquée

En m’éloignant de la rue principale, je découvre le riche patrimoine historique de la médina, notamment la Légation américaine. C’est l’un des lieux historiques incontournables de la médina de Tanger. C’est d’ailleurs le seul « Lieu historique national » américain (National Historical Landmark) à être situé en dehors du territoire des États-Unis.

Aujourd’hui, le musée qui y est installé commémore les longues relations entre les États-Unis et le royaume du Maroc, qui fut l’un des premiers pays à en reconnaître l’indépendance. La légation a notamment joué un rôle majeur lors de la Seconde guerre mondiale, en préparant le débarquement des Alliés en Afrique du Nord.

Comme bien des villes marocaines, Tanger abritait une communauté juive importante jusqu’au XXe siècle, qui se compte aujourd’hui sur les doigts d’une main. Autour de la rue Siaghine, plusieurs synagogues ont été converties en musée et ouvertes à la visite.

ruelles du mellah

Juste en retrait de la rue principale, la petite synagogue Assayag Beit Yehouda abrite une exposition sur l’histoire des juifs tangérois. Mieux vaut donc la visiter avant les autres.

De l’autre côté de la rue principale, je m’enfonce dans les ruelles du mellah, l’ancien quartier juif. Je tombe rapidement sur la synagogue Nahon. Avec ses murs décorés de stuc gravé, elle s’inscrit pleinement dans l’art arabo-andalou que l’on retrouve de part et d’autre du détroit.

Une dernière synagogue est ouverte à la visite : l’ancienne synagogue Bengio, renommée en fondation Lorin. Elle abrite aujourd’hui un petit musée gratuit très éclectique présentant le Tanger des années 1950. Enfin, en sortant de la médina du côté de la légation américaine se trouve le cimetière juif de la ville.

S’il est ouvert, on peut déambuler librement au milieu des tombes. La balade est très émouvante, sur la trace des membres d’une communauté qui a peu à peu disparu depuis le siècle dernier.

Mais avant d’explorer l’extérieur de la médina, je pars me balader sur les hauteurs de celle-ci. Très vite, l’animation s’éloigne. Ces quartiers le long de ruelles en pentes incessantes sont surtout résidentiels.

En remontant au hasard, après m’être perdu plusieurs fois, je parviens finalement à trouver le tombeau d’Ibn Battuta. Originaire de Tanger, cet érudit du XIVe siècle a parcouru la quasi-totalité du monde musulman de son époque avant de regagner sa ville natale.

Le tombeau en lui-même est rarement ouvert. Il faut un sacré coup de chance pour pouvoir jeter un œil à l’intérieur.

Depuis quelques années, un petit musée (plutôt cher) est entièrement consacré à la vie de l’explorateur. Il porte le nom de Borj al-Naam, soit la « tour des autruches ». Apparemment, les lieux ont auparavant servi de ménagerie au sultan. Niché dans un pan de remparts, il revient sur son époque et sur ses décennies de voyages, du Maroc à la Chine, de Tombouctou à l’Andalousie. Quel périple !

le musée de Borj al-Naam

Tout en haut de la médina, mes pas finissent par me mener à la kasbah, la forteresse qui garde la ville. Au sein du palais, elle abrite aujourd’hui le Kasbah Museum qui retrace l’histoire de Tanger à la croisée des cultures de la Méditerranée.

Sur la terrasse de Bab al-Bahr, juste à proximité je profite d’une vue imprenable sur la ville, la baie et les brumes du détroit.

le port de Tanger-ville et la mosquée du Port

Au loin, j’observe les innombrables porte-conteneurs passant entre l’Atlantique et la Méditerranée. En l’arrière-plan se dessinent les reliefs des côtes andalouses et, tout à droite, le rocher de Gibraltar.

le détroit de Gibraltar

Après cette plongée dans l’agitation de la médina, c’est l’heure de découvrir l’autre visage de Tanger : le centre moderne. La balade est un peu moins dépaysante mais tout aussi animée que la médina.

Le Grand Socco, ou Place du 9 avril, marque le début de ce quartier, ou sa fin quand on se dirige vers la médina. Les traces du passé de « ville internationale » de Tanger s’y font plus présentes.

le Grand Socco

En effet, lorsque la France et l’Espagne se sont partagées la colonisation du Maroc, Tanger s’est retrouvée avec un statut particulier. Déclarée zone internationale pour sa position stratégique sur le détroit, c’était le rendez-vous des diplomates, officiers et espions de toutes nationalités.

Elle en a longtemps gardé une réputation de ville ouverte sur le monde, mais peu recommandable !

Après une pause bien méritée pour déguster un thé à la menthe au café de Paris, je me remets en route. Juste derrière le café, la bien nommée « terrasse des Paresseux » et ses canons offrent une des plus belles vues de la ville moderne sur le détroit.

Plutôt calme en journée, la terrasse s’anime en soirée, quand tout Tanger semble s’y donner rendez-vous ! De mon côté, je redescends à présent vers le front de mer pour une ambiance encore différente.

Le front de mer offre encore un autre visage de Tanger. Sa plage interminable est particulièrement prisée en été des familles marocaines ou venues passer les vacances au pays.

Surtout, le front de mer semble pris d’une frénésie immobilière. On ne compte plus les grues et les projets ambitieux. Entre complexes immobiliers et gare TGV flambant neuve, c’est un aperçu de ce à quoi les autorités veulent voir le Maroc ressembler d’ici quelques décennies.

À l’autre bout de la ville, le quartier huppé de Marshane cache une nécropole punico-romaine, vestige de l’histoire antique de Tanger.

Si l’endroit présente assez peu d’intérêt historique, la vue sur les eaux du détroit est absolument époustouflante ! Elle vaut largement la grimpette pour y parvenir depuis la médina.

Une escapade au cap Spartel et aux grottes d’Hercule est idéale pour quitter un peu l’agitation de la ville et prendre un bon bol d’air marin. Difficiles à rejoindre sans voiture, mieux vaut négocier avec un taxi ou prendre le bus touristique.

La route pour rejoindre le cap passe à travers le parc Perdicaris, planté de pins odorants. Tout du long ont poussé d’imposantes villas, propriété de la famille royale, des élites marocaines ou de cheikhs richissimes du Golfe. Vu la beauté du cadre, on comprend qu’ils aient eu envie de s’installer ici.

le phare du cap Spartel

Le cap Spartel en lui-même est marqué par un phare, que l’on retrouve sur les billets de 200 dirhams marocains, et une pancarte pour les photos souvenirs. C’est ici que se séparent symboliquement les eaux atlantiques et méditerranéennes. Seuls trois pays dans le monde touchent à la fois les deux étendues : le Maroc, l’Espagne et la France.

Ma visite du cap Spartel est animée par des visiteurs inattendus. Une maman sanglier et sa tripotée de marcassins se promènent sur le parking. Absolument pas farouches, ils se font nourrir sans efforts par les visiteurs, malgré les panneaux d’interdiction. Entre la vue et la nourriture, c’est la belle vie pour un sanglier !

On reprend ensuite la route vers les grottes d’Hercule. Selon la mythologie, c’est le héros grec en personne qui aurait séparé en cet endroit l’Europe de l’Afrique. D’où le nom antique que portait le détroit : les « colonnes d’Hercule ». Plus prosaïquement, ces « colonnes » seraient d’un côté le djebel Moussa et de l’autre le rocher de Gibraltar.

À l’intérieur résonnent les flots battants. La forme de l »ouverture de la grotte vers la mer, un des symboles de Tanger, aurait apparemment la forme du continent africain… en plissant beaucoup les yeux ! Hercule était-il myope ?

Pour être transparent, la visite est peu impressionnante et vite expédiée. On peut s’en passer, surtout vu les 80 dirhams exigés pour l’entrée.

Avant de quitter Tanger, une heure de route m’emmène passer l’après-midi à Assilah. Sur la côte atlantique, cette ancienne place forte portugaise recèle une médina paisible et adorable, toute en bleu et blanc.

Tranquilles, les ruelles sont décorées de street-art et agrémentée de plantes. Il fait bon flâner sans but précis mis à part se laisser gagner par l’ambiance apaisante de l’endroit.

Sur les vagues souvent houleuses de l’Atlantique, le mausolée de Sidi Ahmed ben Mansour offre un superbe point de vue sur la ville.

les façades blanches d’Assilah face à l’Atlantique

Une dernière visite bien sympathique avant de quitter Tanger. J’aime beaucoup cette ville : sa médina animée, ses vues spectaculaires à chaque coin de rue ou son histoire multiculturelle encore présente en font une excellente porte d’entrée au Maroc !

🛬 Arriver à Tanger

L’aéroport de Tanger Ibn Battouta TNG accueille de nombreux vols directs depuis/vers l’Europe, surtout low-cost. Parmi les destinations desservies : Paris, Bruxelles, Genève mais aussi de nombreuses villes françaises.

Une fois à l’aéroport, un taxi pour le centre (~20 minutes) coûte autour de 120 dirhams, en fonction de vos capacités de négociations. Un bus AeroExpress circule aussi mais je n’ai plus d’informations.

Si vous prenez le ferry depuis l’Espagne, deux options existent. La majorité des bateaux partent d’Algésiras et rejoignent le port de Tanger Med, à une cinquantaine de kilomètres de la ville. Pas très pratique ! Mieux vaut partir de Tarifa, d’où les ferries sont moins nombreux mais arrivent au port de Tanger Ville, au pied des murs de la médina. Compter une heure de navigation et une cinquantaine d’euros pour un piéton.

Deux compagnies assurent les traversées : Balearia et Africa Morocco Link (AML), par qui je suis passé. On peut acheter les billets directement sur leur site. La date et l’horaire sélectionnés sont totalement flexibles. Il faut se rendre au port une heure avant le départ du ferry souhaité pour échanger son voucher PDF contre un billet en bonne et due forme.

🚌 Rejoindre / quitter Tanger

La station « Castilla » des grands taxis pour rejoindre Assilah, Tétouan ou d’autres destinations proches se trouvent à une vingtaine de minutes du centre.

En train, on peut aussi rejoindre Rabat et Casablanca en moins de deux heures avec le nouveau TGV Al-Boraq.

🚏 Se déplacer dans Tanger

Entre la médina et le centre, tout se fait très bien à pied. Les petits taxis bleu marine sont pratiques pour s’éviter les montées mais assez compliqué à arrêter. Ils fonctionnent généralement en collectif, il faut donc en trouver un qui accepte d’aller dans la même direction.

🛏️ Où dormir ?

Dar Bargach, riad abordable dans la médina.

🍴 Où manger ?

Kebdani

📍 Médina

🇲🇦 marocain

Petit restaurant qui s’avère être un des meilleurs endroits où déguster tagines et couscous dans la médina !

El Dorado

📍 centre

🐟 poisson

Pour un poisson grillé extra frais !

Cheikh Ibrahim

📍 centre

🇲🇦 marocain

Excellent restaurant marocain à deux pas du Grand Socco. Déco touristique mais plats excellents et service adorable.

Après ce début de voyage à Tanger, je poursuis ma découverte du nord marocain vers Tétouan. Au pied de la chaîne du Rif, l’ancienne capitale du protectorat espagnol abrite aujourd’hui une médina toute blanche parmi les plus authentiques du pays.

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