
🇺🇿 OUZBÉKISTAN – voyage réalisé en avril 2022
Après la vallée de Ferghana, je continue ma découverte de l’Ouzbékistan par sa ville la plus emblématique : Samarcande. Si on ne connait qu’une seule image en tête de l’Ouzbékistan, c’est bien souvent elle. La capitale de l’empire de Tamerlan, aux magnifiques mosquées et médersas coiffées d’un dôme bleu, est véritablement le moteur touristique du pays. Son patrimoine exceptionnel a malheureusement conduit les autorités à mener une véritable politique de « disneylandisation » de la ville. Par chance, le Samarcande authentique n’a pas entièrement été englouti, et ça vaut la peine de sortir des avenues touristiques pour l’explorer.
DANS CET ARTICLE
LE REGISTAN
Pour s’assurer d’avoir une capitale à son image, qui dépasserait en splendeur toutes les autres cités du monde musulman, Tamerlan s’assurait d’épargner les artistes et les artisans de chaque ville conquise. Un geste de clémence qui n’était franchement pas désintéressé puisque les captifs étaient ensuite emmenés à Samarcande pour contribuer à édifier la ville et à la doter de monuments somptueux.

Cœur historique de Samarcande, la place du Registan est entourée non pas d’une ni de deux mais bien de trois madrasas (écoles religieuses) qui démontrent à elles seules tout le talent des architectes et des artisans amenés ici.

À gauche, la madrasa d’Ulugh Beg est la plus ancienne. Datant du début du XVe siècle, elle porte le nom de son initiateur, qui fut l’un des plus grands astronomes de son époque. D’où les étoiles qui ornent la façade. Avant d’entrer à l’intérieur un commerçant me propose, en échange de quelques milliers de soums, de grimper au sommet du minaret pour profiter de la vue sur la place. Le genre de proposition qu’on n’a pas besoin de me répéter ! Même si au final l’angle de vue s’avèrera assez limité.


L’intérieur de la madrasa est une cour carrée entourée de quatre arches monumentales (iwan) et de deux niveaux d’arcades, chacune abritant autrefois la chambre d’un étudiant et aujourd’hui colonisée par les marchands de souvenirs. Mais l’ensemble reste très paisible et agréable, et je prend le temps de m’attarder sur les différents détails architecturaux.

Face à elle se dresse la madrasa Shir-Dor (« porte des lions »), qui date du XVIIe siècle. Les minarets finement travaillés, les dômes cannelés et le magnifique iwan décoré de « lions » (qui sont très clairement des tigres mais ne nous attardons pas sur ce détail), de figures géométriques et de calligraphies en font selon moi la plus belle des trois.

Même si elle a été construite bien après l’âge d’or de Samarcande, elle n’en est pas moins somptueuse à l’intérieur aussi, avec une profusion de détails encore plus importante que dans la madrasa d’en face.

Enfin, au milieu des deux autres, la madrasa Tillya-Kari qui date aussi du XVIIe siècle, se distingue par un intérieur doré, surmonté d’un dôme rajouté par les Soviétiques, et une cour plus modeste que celles de ses voisines. Avant d’y entrer, une exposition de photos montrent Samarcande et le Registan au début du XXe siècle, avant l’arrivée des Russes et les restaurations intensives.


Après cette première visite matinale du Registan, je reviens en fin d’après-midi. En théorie si on sort, on ne peut revenir dans la journée qu’au bon vouloir des agents du site. Mais en faisant le tour du complexe par derrière, je tombe sur une ouverture (entre Tillya-Kari et Ulugh-Beg), d’où on peut admirer la place sous un autre angle et enjamber discrètement la barrière. Hop ni vu ni connu je suis de retour et si quelqu’un me demande mon ticket, je n’ai qu’à montrer celui du matin et dire que j’y ai passé la journée.

Le soir, les éclairages s’allument et un spectacle son & lumière assez kitsch est parfois projeté au coucher du soleil.
LE MAUSOLÉE GOUR-E AMIR

Parce que même les pires tyrans finissent par mourir, le Gour-e Amir, au sud du Registan, est la dernière demeure de Tamerlan. À ses côtés sont aussi enterrés plusieurs de ses fils ainsi qu’Ulugh Beg, sous les calligraphies dorées et les décors en marbre des artisans timourides.

D’après la légende, Tamerlan aurait déclaré avant de mourir : « le jour où je reviendrai à la lumière, le monde tremblera ». Pas plus impressionné que ça, les archéologues soviétiques ont ouvert le tombeau pour étudier sa dépouille, en juin 1941. Deux jours plus tard, l’Allemagne nazie trahissait le pacte germano-soviétique de non-agression, entraînant l’URSS dans la Seconde guerre mondiale. Encore plus fort que la malédiction de Toutankhamon !


LA VIEILLE VILLE ET LE QUARTIER JUIF
Conséquence de l’uniformisation touristique voulue par les autorités ouzbèkes, les quartiers traditionnels de Samarcande semblent avoir disparu. L’avenue piétonne Toshkent les taillade littéralement et les isole derrière de hauts murs qui ne communiquent avec ce qu’est devenu la ville que par certaines portes.

Néanmoins, explorer ces mahallas (quartiers) un peu chaotiques permet d’accéder à une tranche de vie ouzbèke plus sincère et surtout moins aseptisée, celle que le pouvoir pensait qu’elle ne serait qu’un frein au développement touristique du pays.

C’est dans ces vieilles ruelles de Samarcande que se trouve l’ancien quartier juif de la ville. La plupart des juifs qui sont restés vivent aujourd’hui dans la ville moderne mais le rabbin Yossef continue à entretenir la synagogue Gumbaz et à la faire visiter aux touristes de passage.


En me perdant au hasard de ces rues, je tombe sur un magasin de souvenirs original, rempli de bibelots soviétiques et au propriétaire plus intéressé par faire la discussion aux rares touristes à passer par ici plutôt qu’à leur vendre ses breloques. Une bonne rencontre.

L’AVENUE TOSHKENT ET LA NÉCROPOLE SHAH-I ZINDA
Percée à travers la vieille ville, l’avenue Toshkent part du Registan et relie plusieurs site d’intérêts majeurs à Samarcande.

La mosquée Bibi Khanum, en hommage à l’une des femmes de Tamerlan, a été l’une des plus impressionnantes du monde musulman à l’époque de sa construction, avec des minarets culminants à plus de 50 mètres. Manque de pot, les séismes et les défauts de conception l’ont rapidement ramenée à une taille plus modeste.

Juste à côté de la mosquée Bibi Khanum, un petit bazar propose tout un tas de produits typiques d’Asie centrale. Les assiettes de fruits secs joliment composées sont particulièrement délicieuses.

En continuant à remonter l’avenue Toshkent, impossible de manquer le mausolée d’Islom Karimov, le premier président du pays après l’indépendance en 1991. Né à Samarcande, il est toujours très respecté voire vénéré par les Ouzbeks, qui viennent se recueillir sur son tombeau. À peine mégalo, il l’a voulu grandiose et impressionnant.
Tout en haut de l’avenue Toshkent se trouve le dernier joyau de Samarcande : la nécropole Shah-i Zinda (« le roi vivant » en persan). Cet ensemble de mausolées royaux, s’étalant sur l’ensemble du Moyen-Âge, aux milles nuances de bleus, est d’une beauté hypnotisante.

Je prends plaisir à déambuler entre les différents mausolées, malgré le monde et la lumière très dure en journée. J’aurais mieux fait de me lever plus tôt pour visiter ce lieu envoûtant.



Derrière Shah-i Zinda s’étendent les plus grands cimetières de Samarcande, musulman et juif.

AFROSIYOB
Au nord de la ville, au-delà de Shah-i Zinda et des cimetières, s’étendent les ruines d’Afrosiyob, l’ancienne ville sogdienne qui a précédé Samarcande avant d’être rasée par les Mongols au XIIIe siècle.

Pour mieux imaginer l’ancienne cité d’Afrosiyob, je me rends au Afrosiyob Museum, qui expose notamment des fresques découvertes sur le site dans les années 1960. La profusion d’animaux et de délégation venus rendre hommage à la figure royale (manquante) donne une idée de la splendeur de la ville.

Tout au nord d’Afrosiyob se trouve le tombeau de Daniel (Xoja Doniyor maqbarasi en ouzbek), le prophète biblique qui aurait survécu à la fosse aux lions, qui outre cet exploit, peut aussi se vanter d’être enterré dans pas moins de trois lieux différents : Mossoul en Irak (tombeau que les djihadistes se sont malheureusement chargé de faire sauter), Suse en Iran et Samarcande, où Tamerlan (encore et toujours lui) aurait ramené ses restes suite à ses conquêtes.

C’est sur cette visite que je conclus mon séjour à Samarcande, une ville qui aura tenu toutes ses promesses. Malgré la foule et le côté artificiel, les monuments sont splendides, mais quitter les avenues touristiques et découvrir le « vrai » Samarcande, celui de tous les jours, fait aussi du bien et peut mener à de belles rencontres.
CÔTÉ PRATIQUE
Venir à Samarcande
Depuis Tashkent, la ville est desservie très régulièrement par le rail, que ce soit par les vieux trains soviétiques ou les trains à grande vitesse Afrosiyob, modernes et confortables, qui font la fierté de l’Ouzbékistan.
Les Afrosiyob poursuivent jusqu’à Boukhara. Pour le reste du pays, il n’y a que des trains plus anciens (mais pas vétustes). Si on poursuit vers le Kharezm (Khiva) ou le Karakalpakstan (Noukous, Koungrad), les trains de nuit sont une option intéressante vu l’immensité des distances. Comme souvent en Ouzbékistan, la gare a été construite loin du centre.
Samarcande est aussi dotée d’un aéroport international, qui dessert plusieurs villes de Russie mais également Dubaï et Istanbul, ce qui peut en faire un point d’entrée dans le pays sans avoir à passer par Tashkent.
C’est par une longue nuit de train que je continue mon itinéraire en l’Ouzbékistan, en me rendant dans la région peu visitée du Karakalpakstan, à la découverte des restes de la mer d’Aral et de Noukous, que j’élirais sans peine comme ville la plus moche soviétique du pays.




Laisser un commentaire