
🇺🇿 OUZBÉKISTAN – voyage réalisé en avril 2022
Avant d’aller les principaux sites touristiques d’Ouzbékistan, je quitte Tashkent pour visiter une région beaucoup moins fréquentée du pays : la vallée de Ferghana. Cette excroissance de l’Ouzbékistan, dont les frontières dessinées par Staline semblent grignoter les pays voisins, est la région la plus peuplée et la plus fertile du pays. On y trouve plusieurs sites intéressants à explorer et surtout une ambiance plus détendue et authentique qu’ailleurs.
DANS CET ARTICLE
MARGILAN
Après un réveil matinal, je me rends pour la gare nord de Tashkent et c’est parti pour 5 heures de train jusqu’à Margilan, la gare à proximité de la ville de Ferghana qui sera ma base pour découvrir la région du même nom. Le train traverse les montagnes des Tian Shan, qui isolent la vallée du reste du pays, le paysage est magnifique. À plusieurs reprises, il frôle la frontière tadjike, assez pour que mon téléphone capte le réseau voisin et reçoive un message de bienvenue dans le pays.

Finalement le train arrive pile à l’heure à Margilan, d’où je rejoins rapidement Ferghana en taxi. Le temps de déposer mes affaires, je repars pour ce village pour ma première visite dans la région.
Quitte à passer deux semaines dans un pays traversé sur la route de la soie (ipak yo’li en ouzbek), autant en apprendre plus sur ce tissu si convoité depuis l’Antiquité. On peut visiter plusieurs « ateliers » en Ouzbékistan pour découvrir la fabrication de la soie mais c’est à Margilan que se trouve le plus intéressant et le plus complet, pas seulement une boutique réaménagée : la Yogdorlik Silk Factory.
ZOOM SUR – la soie
Au départ, la soie naît de deux conditions. Un arbre : le mûrier blanc, un ver : le ver à soie, qui est la larve du papillon bombyx. Capricieux, ce ver est incapable de se nourrir d’autre chose que des feuilles de cet arbre spécifique. Après s’en être copieusement gavé durant quelques semaines, il tisse un cocon dans lequel il s’enferme pour renaître sous forme de papillon.
Enfin, en théorie. C’est là que l’homme intervient, s’étant rendu compte que les fils desquels est composé le cocon de ces affreux vers fournissait un tissu d’une douceur incomparable : la soie. Les cocons sont donc récoltés et ébouillantés, les cocons sont dévidés pour récupérer les fils. Très fin, ils sont rassemblés pour pouvoir être ensuite tissés.
Le secret de la soie a longtemps été détenu et jalousement préservé par la Chine impériale mais s’est répandu en Asie centrale puis au Moyen-Orient et en Europe au fil des échanges commerciaux.

La visite de l’atelier présente les différentes étapes pour former ensuite une belle étoffe en soie : la teinture, souvent encore réalisé avec des produits naturels, puis le tissage en lui-même, fait à la main par les femmes sur des métiers à tisser ou sur d’antiques machines soviétiques. La visite guidée est gratuite, et le passage par la boutique à la fin n’a rien d’obligatoire, c’est appréciable.


Autre découverte dans cet atelier : en cette période printanière les mûriers blancs, que l’on retrouve partout dans le pays, sont chargés de fruits. Et bonne nouvelle : leurs mûres sont délicieuses, gorgées de sucre.
Après cette visite, je reprends une marshroutka (minibus) pour Ferghana. La ville n’est pas très intéressante en soit, mais elle est une base bien pratique pour visiter la région. C’est aussi la ville d’Ouzbékistan où j’ai eu le plus de mal à communiquer : l’anglais est bien peu répandu, la seule langue étrangère à part l’ouzbek (la région étant la plus ethniquement homogène du pays) est le russe pour les quelques étrangers de passage. Удачи ! (bon courage !)
KOKAND
Kokand (Qoqon en ouzbek) est la ville la plus historique de la vallée de Ferghana. Après la chute des Timourides, le territoire actuel était partagé en trois « khanats » : Boukhara, Khiva et Kokand. Le commerce mondiale passe désormais par voie maritime, très loin de l’Asie centrale. La prospérité commerciale de la route de la soie n’est plus alors qu’un lointain souvenir. Ce sont ces khanats qui feront face à partir du XIXe siècle à la poussée russe en Asie centrale, qui finira par coloniser entièrement la région.
Principal monument de Kokand, au milieu d’un parc verdoyant, le palais du Khan était à cette époque le siège du pouvoir. De taille modeste,



J’explore les différentes cours du palais, aux piliers de bois travaillés et aux plafonds colorés qui semblent fortement influencés par la Chine. L’intérieur des bâtiments abrite de petites expositions sur l’histoire de la région.

Après un déjeuner de laghman (soupe de nouilles) dans la ville moderne, je continue à découvrir les monuments de Kokand, du côté de la madrasa Narbutabay. C’est l’une des seules madrasas d’Ouzbékistan où on sent qu’une vie religieuse y existe toujours aujourd’hui.



Derrière la madrasa s’étend un petit cimetière, qui abrite notamment le mausolée Modari Khan (mère du Khan).

À l’entrée du mausolée, des femmes frappent avec énergie un espèce de tampon sur les fidèles avant d’entrer. J’observe discrètement ce rituel, bien que perplexe quant à sa signification.

Pour terminer la journée, je me rends ensuite à la mosquée Juma (du vendredi), où l’on retrouve les piliers en bois finement travaillés et les plafonds peints avec un grand souci du détail. Original, le minaret s’élève en plein milieu de la cour. Moyennant quelques milliers de soums, on peut grimper à son sommet.


J’ai beaucoup apprécié mon séjour dans cette région peu fréquentée, tout particulièrement Kokand. L’ambiance est bien plus tranquille et détendue qu’à Tashkent ou dans les villes-phares du pays, les sites sont intéressants et ont gardé une part d’authenticité, qui peut manquer ailleurs.
CÔTÉ PRATIQUE
Venir dans la vallée de Ferghana
Plusieurs trains par jour relient Tashkent et les gares de la vallée (principalement Kokand, Margilan et Andijan), en comptant environ 5-6h de trajet. En revanche, aucun trajet ne relie directement le reste du pays, il faut donc obligatoirement changer de train pour poursuivre son voyage plus loin en Ouzbékistan.
Pour les plus pressés, des vols relient aussi Andijan et Ferghana depuis Tashkent. Uzbekistan Airways exploite aussi les lignes Andijan – Ourguentch (près de Khiva) et Ferghana – Samarcande.
La vallée de Ferghana est aussi un point de passage pour les voyageurs qui se rendent dans les pays voisins. Depuis Andijan, on arrive rapidement à la frontière kirghize et à Och, la deuxième ville du pays ; depuis Kokand, c’est la ville de Khodjent, au Tadjikistan, que l’on rejoint facilement. Les postes-frontières sont desservis par des marshroutkas.
Se déplacer dans la vallée de Ferghana
La ville de Ferghana est le meilleur point de chute dans la vallée : à proximité immédiate de Margilan et de sa gare, à une heure à peine de Kokand et d’Andjian en marshroutka.
Où dormir ?
L’hôtel Sakura Inn, en plein centre de Ferghana, est la meilleure option pour backpackers dans la région. Le patron est adorable et une vraie mine d’informations sur la région.
Après ces deux jours loin du tourisme de masse, je reprends le train pour Tashkent. Après quelques heures en ville, c’est l’heure de monter dans le train direction Samarcande, la cité emblématique de l’Ouzbékistan.




Laisser un commentaire