
🇺🇿 OUZBÉKISTAN – voyage effectué en mai 2022
Le Karakalpak-quoi ? C’est où ça ? Pas de panique, aucun pays n’a mystérieusement vu le jour en claquement de doigts en Asie centrale ! Il s’agit seulement de la région la plus à l’ouest de l’Ouzbékistan. Autonome, elle est majoritairement habitée par le peuple karakalpak (le peuple « au chapeau noir » littéralement) dont la langue et la culture sont bien plus proches du Kazakhstan voisin que du reste de l’Ouzbékistan.
Comptant pour près d’un tiers du pays (pour à peine 7 % de sa population), cette vaste région autonome est peu visitée mais elle compte tout de même quelques sites intéressants à explorer pour les voyageurs aventureux. La capitale régionale Noukous abrite le musée le plus fameux du pays ainsi qu’une ancienne nécropole à proximité. Plus au nord, Moynaq est le dernier témoin de la catastrophe écologique qui a frappé l’Asie centrale au cours du XXe siècle : la disparition de la mer d’Aral.
DANS CET ARTICLE
MOYNAQ, LA CATASTROPHE ÉCOLOGIQUE EN PLEINE FACE
Jusque dans les années 1970, l’Ouzbékistan, pays pourtant bien éloigné des côtes, pouvait compter sur le secteur de la pêche pour subvenir aux besoins de sa population et même exporter vers les autres républiques de l’URSS. Tout ça grâce à la mer d’Aral, une mer fermée alimentée par les deux grands fleuves de la région : l’Amou-Daria et le Syr-Daria, tous deux venus des montagnes du Pamir et du Tian Shan et venus se perdre dans cette région désolée.
Les Soviétiques, pour industrialiser et développer cette région périphérique, décident de profiter de ces deux fleuves pour lancer une nouvelle activité dans la région : la culture du coton. Sauf que pour faire pousser une plante aussi demandeuse d’eau dans un pays semi-aride comme l’Ouzbékistan, il faut puiser massivement dans les fleuves.
Forcément, à force de pomper de l’eau en quantité industrielle, la mer s’assèche. Très vite. Le rivage recule, laissant la place au désert. La ville de Moynaq perd sa seule richesse. Les navires de pêches s’échouent, les habitants partent travailler ailleurs, seuls quelques uns restent. La petite ville plonge dans une torpeur dont elle ne semble toujours pas sortie.

Au nord de la ville, là où s’étendait autrefois la mer, un minuscule musée rappelle cette période disparue. On peut y avoir des coquillages de l’Aral, des morceaux de bateaux ou encore des conserves de poisson fabriquées à Moynaq. Mouais. Le film montrant la disparition de la mer est plutôt intéressant

Juste en contrebas du musée, s’étend le cimetière du bateaux où gisent aujourd’hui quelques anciens navires de pêche, complètement rouillés et en grande partie désossés. Difficile de croire qu’il y a seulement quelques décennies, ils voguaient sur les flots au même endroit, qui n’est aujourd’hui plus qu’une plaine sableuse desséchée.

Aujourd’hui, le rivage de ce qu’il reste de la mer d’Aral se trouve à plusieurs heures de 4×4. Une minuscule partie de la mer a réussi à être préservée au Kazakhstan voisin, comme un pâle reflet de ce qu’elle était.
NOUKOUS, RETOUR EN URSS
Noukous est la capitale et plus grande ville de cette région. Le centre-ville, principalement constitué de barres d’immeubles, semble n’avoir pas bougé depuis l’époque soviétique. Le temps est toujours aussi mauvais, renforçant encore son aspect déprimant. Le seul côté positif de cette pluie abondante, du jamais vu depuis 2015 apparemment, c’est que le fleuve Amou-Daria qui passe à la sortie de la ville semble avoir retrouvé un débit puissant, qui pourrait presque remettre à flots la mer d’Aral.

Si Noukous mérite malgré tout un détour, c’est car elle abrite le plus grand musée d’Ouzbékistan : le musée Savitsky. C’est dans ce musée qu’est exposée la collection de peintures rassemblées par Igor Savitsky, qu’il sauva ainsi de leur destruction voulu par Staline. La collection a ensuite été enrichie d’œuvres russes ou centrasiatiques postérieures.
quelques tableaux (photos prises au téléphone)
Après avoir fait le tour des collections du musée, vu qu’il est encore tôt, je décide de me visiter un site repéré dans mon guide : la nécropole de Mizdakhan. Ce site archéologique abrite un immense cimetière utilisé depuis des millénaires. L’époque où l’Asie centrale pratiquait massivement le zoroastrisme, l’antique religion iranienne. Selon les zoroastriens, le premier humain, Gayoumars, y serait enterré.

Se rendre sur le site n’aura pas été évident. Aucun transport public ne dessert la zone et aucun chauffeur de taxi de Noukous ne semblait en avoir entendu parler, malgré le fait qu’il ne se situe qu’à quelques kilomètres, le long de la route principale menant au poste-frontière avec le Turkménistan. Au final, malgré les quelques tombes de saints islamiques restaurées, le site s’avère plutôt décevant.


C’est ainsi que se termine mon incursion dans cette région hors des sentiers battus. Pas vraiment de site majeur ici, mais pas inintéressant à caler dans un itinéraire si vous avez du temps en Ouzbékistan.
CÔTÉ PRATIQUE
Venir au Karakalpakstan
Les deux principales gares de la région sont Noukous et Koungrad, où je débarque après une nuit de train depuis Samarcande. De là, je pars en marshroutka pour Moynaq (compter environ 1h sans l’attente).
Pour quitter Moynaq, je négocie une voiture pour aller directement à Noukous. Le prix est dérisoire pour 3h de route.
Enfin, pour quitter le Karakalpakstan et rejoindre ma prochaine destination, Khiva, c’est en taxi partagé que je poursuis mon voyage.
Où dormir ?
Noukous est la seule ville de la région qui donne un tant soit peu envie de s’y attarder. L’hôtel Jipek Joli est la meilleure option.
Après ces deux jours sous la pluie au Karakalpakstan, je retourne vers le côté « brillant » de l’Ouzbékistan avec la magnifique cité de Khiva, bien protégée derrière ses remparts.







Laisser un commentaire